Enregistrer et mixer ses chansons « à l’ancienne » ! (2ème partie)

Dans la première partie de ce dossier, je vous ai expliqué comment recréer sur votre ordinateur une chaîne d’enregistrement virtuelle qui se rapproche de celles utilisées dans les années 60 et 70. Cette chaîne d’effets entièrement gratuite est prête à donner une patine rétro à vos chansons.

Aujourd’hui, je vais rentrer dans le vif du sujet et détailler le processus d’enregistrement d’un groupe de rock dans les conditions de l’époque ! 🙂

Si vous êtes familier avec les techniques d’enregistrement actuelles, vous constaterez que les conseils que je vais vous donner iront souvent à l’encontre de tout ce qui se fait aujourd’hui. Et effectivement, on enregistre plus du tout de la même manière de nos jours qu’il y a 40 ans. Mais c’est justement cela qui fait qu’on ne sonne plus pareil ! Dans l’optique de recréer un son vintage, il faudra donc « oublier » pas mal de techniques modernes et retrouver les gestes des pionniers.
 
Allez, c’est parti pour une immersion en profondeur dans les Trente Glorieuses ! 🙂

 

1) AVANT D’ENREGISTRER, SE METTRE DANS L’AMBIANCE (ET LES CONTRAINTES) DE L’EPOQUE

Mettons de côté l’aspect technique un instant, et parlons un peu philosophie !
De nombreux artistes qui cherchent à obtenir un son vintage oublient ce premier point qui me semble pourtant fondamental : pour sonner « à l’ancienne », il faut commencer par se mettre dans l’ambiance de l’époque.

Je ne vous parle pas de ressortir du placard votre panoplie d’Austin Powers et vos colliers de fleurs (quoi que !), mais plutôt d’oublier un peu la technologie actuelle.
Par exemple, bannissez tout téléphone portable et toute connexion internet de votre studio d’enregistrement, ce sont des distractions inutiles. Le seul ordinateur admis dans votre studio doit être celui sur lequel vous allez enregistrer !
Reconnectez vous avec le réel, et les choses simples et authentiques. Le but, c’est d’arriver à retrouver une certaine fraîcheur et innocence dans votre démarche créatrice. Les artistes des années 60 tatônnaient, expérimentaient, ils n’avaient pas peur d’essayer de nouvelles choses sans savoir si cela allait fonctionner ou non ! De manière générale, ils avaient moins d’informations à traiter dans leur vie quotidienne, pas de compte facebook à surveiller, pas de mails à répondre, pas 36 séries TV à suivre, etc. Donc beaucoup plus de temps pour apprendre leur instrument, composer, peaufiner des morceaux, etc. Et cela explique en partie leur niveau de jeu supérieur !

Avant la séance, purgez vos oreilles de tous les courants musicaux actuels en écoutant un maximum de musique de l’époque que vous cherchez à imiter, mais aussi de la décennie qui la précède. Les Beatles, par exemple, écoutaient beaucoup de musique des années 50, et c’est elle qui les as influencé et leur a permis de créer un son totalement nouveau dans les années 60. Le fait d’écouter de la musique ancienne vous inspirera forcemment au niveau des arrangements de vos compositions.

 

2) PREPARATION DU MATERIEL

Ca y est, c’est le jour J,  vous allez enregistrer votre musique !

Commencez par choisir le local avec la meilleure acoustique naturelle que vous ayiez à votre disposition. Ceci est très important, car le son d’ambiance a souvent la part belle dans les enregistrements vintage. Un endroit légèrement réverbéré, comme un garage ou un grand hall, peuvent faire l’affaire.

A moins que vous soyiez fan de Toto (!), optez pour un kit de batterie minimaliste. Jusqu’à la moitié des années 70, les batteurs avaient rarement plus qu’une grosse caisse, une caisse claire, un tom, un charley et une cymbale crash !
Pour étouffer les vibrations indésirables de la caisse claire ou des toms, vous pouvez vous servir d’un paquet de cigarettes (à la manière de Ringo Starr), d’un portefeuille, ou d’un bout de tissus quelconque.

Aménagez un espace dédié à votre chanteur, afin qu’il se sente à l’aise et puisse se lâcher plus facilement. Prévoyez une bouteille d’eau (ou de toute autre liquide de votre choix !) afin qu’il puisse hydrater régulièrement ses cordes vocales.

Pour les guitares et la basse, je vous recommande si votre porte-monnaie vous l’autorise d’utiliser des amplis à lampe ! Fender, Vox, Orange, Marshall sont quelques unes des marques légendaires qui hantaient les studios d’enregistrement de l’époque.
Si vous n’avez à disposition qu’un petits ampli à transistor sans marque, pas de panique ! Il sera toujours possible de tricher un peu plus tard et d’amener le son dans la direction voulue avec une bonne EQ…
Niveau pédales d’effets, n’hésitez pas à brancher la fuzz, la wah-wah, l’echo ou le tremolo !!!!

Un tambourin, des maracas, un harmonica ou un orgue sont toujours du meilleur effet lorsqu’on souhaite renforcer la couleur vintage d’un morceau !
De même, les groupes de l’époque avaient souvent un ou deux musiciens qui assuraient aussi les choeurs en plus de leur instrument.

De manière générale, n’utilisez que des vrais instruments et bannissez tout instrument virtuel ou électronique.

 

3) PLACEMENTS DE MICROS ET PREMIERE BALANCE

Maintenant que vous avez aménagé correctement votre local, il est temps de brancher votre interface audio ainsi que quelques micros et de commencer à faire une balance du groupe.
Mais attention, car là encore, il s’agit de ne pas faire n’importe quoi !!!!

Déjà, je vous recommande de choisir des micros statiques à larges membranes, ou mieux encore des micros à rubans. Ces derniers coûtent un peu plus cher, mais offriront à votre chanteur une sonorité crémeuse et vintage sans égal  ! Au niveau de la directivité, optez pour de l’omnidirectionnel. De cette manière, vous captez le son de la manière la plus naturelle qui soit.

Utilisez le moins de micros possible. De nos jours, il est courant d’utiliser plus de dix micros pour enregistrer une batterie. Dans un contexte vintage, on oublie carrément !!!! Servez-vous de deux ou trois micros maximum par instrument. Par exemple, un micro en overhead au dessus de la batterie + un au niveau de la grosse caisse (configuration Ringo Starr), ou alors un micro en overhead + un micro grosse caisse + un micro caisse claire.  Câblez tous ces micros pour qu’ils soient enregistrés sur une seule piste.
Pour la guitare et la basse, un unique micro statique situé à quelques mètres de l’ampli est largement suffisant.

La batterie de Ringo Starr, enregistrée avec seulement deux micros !

Pour réduire le nombre de micros et de pistes, il est même possible d’enregistrer plusieurs musiciens avec un seul micro ! Par exemple, un chanteur et son harmonica, ou deux guitaristes qui jouent une partie complémentaire ou similaire. Vous pouvez modifier la balance avant de lancer l’enregistrement en placant les musiciens plus ou moins près du micro.
La technique du « mur du son » développée par Phil Spector repose largement sur ce principe (pour grossir le son, il n’hésitait pas à enregistrer 2 batteries, 3 pianos ou 4 guitares sur une même piste !).

De manière générale, évitez de placer les micros trop près de la source à enregistrer, à moins que vous recherchiez le son particulier des musiciens de studios californiens des années 70 (quelqu’un a dit Toto ?).
Si vous visez un son 60’s, je vous recommande au contraire d’éloigner les micros de la source, afin de profiter un maximum de l’ambiance naturelle de la pièce. Si vous avez respecté mes conseils, vous enregistrez dans un lieu où la réverbération naturelle est flatteuse : ceci est primordial, car il ne sera ensuite plus possible de la retirer !

A propos, le fait de placer les micros à distance de la source sonore fait que plusieurs instruments risquent d’être entendus sur chaque piste : c’est ce qu’on appelle la « repisse » (un nom poétique, n’est ce pas ?!).
Pour la minimiser, sachez que vous pouvez installer des panneaux acoustiques (gobos) pour isoler les musiciens les uns des autres. Mais cette précaution n’est pas forcemment indispensable. L’esprit qui prédomine dans les enregistrement vintage, c’est avant tout des musiciens qui jouent ensemble, au même moment, dans la même pièce !
Et tant pis si la piste de batterie « bave » un peu sur la piste de chant, ou qu’on entend un peu de piano sur la piste de basse. Pour vous en convaincre, écoutez attentivement cette  piste de batterie seule, extraite de « I Am The Walrus » des Beatles : on y entend aussi de l’orgue et une voix !

 
 

Les Rolling Stones à l’Olympic Studio, seule la batterie est isolée derrière un panneau !

 
Pour chaque instrument, essayez de tester différentes placements de micros jusqu’à obtenir un équilibre spectral qui vous plaise. Ne vous dites surtout pas que vous corrigerez cela plus tard au mixage ! Il est très important que le son vous convienne dès cette étape, quitte à prendre plus de temps à bien placer les micros.

Une fois que vous serez globalement satisfait de la balance générale du groupe, veillez à bien ajuster le volume de signal entrant et sortant des plug-ins de votre chaine d’enregistrement virtuelle.
Pour Ferric, il faut régler le bouton Input pour que l’aiguille du Vu-mètre se trouve juste en dessous du rouge, puis ajuster le volume de sortie avec le bouton Trim. Idéalement, le volume de la piste avec et sans le plug-in doit être identique.
Pour Code Red Free, vous devez faire la même chose avec les boutons Input et les faders Output.
Cette étape appelée « gain staging » sert à éviter toute saturation indésirable.
 

 

4) AVANT D’ENREGISTRER

Tout est prêt, vos musiciens sont là et trépignent d’impatience, vous êtes êtes sur le point d’appuyer sur le bouton REC ! Mais attendez encore une petite minute avant de vous lancer, et lisez ce qui suit.

Si vous cherchez à imiter le son du tout début des années 60, demandez à votre batteur d’enfiler un costume cravate ! Cela peut sembler ridicule, mais à l’époque les musiciens jouaient en costume. Et cela change pas mal de choses de jouer dans des vêtements peu confortables !!!! Mouvements moins amples, posture différente, etc… De manière générale, les batteurs jouaient beaucoup moins fort que maintenant, et cela était du en partie à leur tenue vestimentaire.

Enfin, dans un souci de réalisme, essayez de retrouvez la valeur du temps passé en studio. De nos jours, n’importe quel amateur peut se permettre de procrastiner pendant des mois devant son ordinateur, car cela ne lui coûte rien… Mais à l’époque, seuls les artistes pro pouvaient accéder aux studios d’enregistrement, et ils n’y entraient que quand ils étaient vraiment au point, car chaque heure coûtait très cher !!!
Donc répétez, répétez, répétez. Autorisez-vous à enregistrer uniquement lorsque votre groupe est vraiment rôdé.
Et même si vous avez accès à un local en illimité, essayez de vous fixer des sessions d’enregistrement très courtes, comme si elles vous coûtaient de l’argent.
Vous verrez, cela change considérablement la façon de travailler !

 

5) L’ENREGISTREMENT

Bon, ça y est, plus moyen de reculer, vous venez enfin d’appuyer sur la touche REC!

Pour rester fidèle à l’esprit vintage, je vous suggère d’enregistrer plusieurs prises complètes de votre chanson. Le but du jeu, c’est de capturer la plus belle performance, le petit moment de magie où tout est en place !
Donc on oublie la tendance actuelle qui consiste à chanter un refrain phrase par phrase, ou à enregistrer un solo de guitare note par note… Ici, place à l’authenticité !!!! Et si un musicien se trompe au milieu du morceau, ce n’est pas si grave, continuez à enregistrer jusqu’au bout ! Il sera peut être possible de sauver certains passages de cette prise.

Si vous vous trouvez à court de pistes (ce qui arrive généralement très vite quand on est limité à seulement 4 pistes !), sachez qu’il existe la solution du « bounce ».
Cette technique consiste à pré-mixer plusieurs pistes et à les fusionner sur une autre piste, afin de libérer de la place ! Par exemple, vous pouvez dans un premier temps enregistrer seulement la rythmique de votre chanson (batterie, basse, guitare rythmique) sur trois pistes séparées. Ensuite, vous « bouncez » ces pistes sur la quatrième. De cette manière, les trois premières sont à nouveau disponibles ! Vous enregistrez alors la voix sur une piste et la guitare lead sur une autre, puis vous les bouncez sur la troisième piste pour libérer les deux premières, etc…
C’est ce que les Beatles ont fait sur leur concept-album « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » !
Attention, une fois bouncés, il n’est plus possible de modifier le volume et l’égalisation des différents instruments… A vous donc de le faire à bon escient, et de prendre les bonnes décisions avant de franchir le pas !
D’une manière générale, je vous conseille de ne pas trop abuser du « bounce », afin de conserver le côté authentique de vos prises live.

 

Dans la dernière partie de ce dossier, je vous expliquerais comment mixer vos chansons à la manière des ingénieurs du son de légende des années 60 !
A bientôt !

 

PACK « JOUER TOUTES LES GAMMES SANS EFFORT + L’ART DE L’IMPROVISATION » : un cours « géant » regroupant un ebook au format PDF et des MP3 pour apprendre à improviser comme un dieu !!!!
Cliquez sur l’image pour en savoir plus !

 

livre gratuit

Articles à lire également :

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


3 × trois =