Enregistrer et mixer ses chansons « à l’ancienne » ! (3ème partie)

Dans la deuxième partie de ce dossier, j’expliquais en détails toutes les étapes de l’enregistrement d’un groupe de rock dans les conditions des années 60 et 70.
 
Aujourd’hui, je vais vous montrer comment utiliser le logiciel REAPER pour mixer vos chansons à la manière des plus grands ingénieurs du son de l’époque !
Ce blog étant avant tout dédié à la guitare et non au mixage, je veillerai bien évidemment à garder les explications simples et accessibles au plus grand nombre.
 
En avant pour la dernière partie de notre fabuleux voyage au pays des colliers de perles indiens et des pantalons pattes d’eph’ ! 🙂

 

1) L’EDITING

Si vous avez suivi mes recommandations, vous avez enregistré plusieurs prises complètes de votre chanson. Il est temp à présent de ré-écouter toutes les prises et de choisir la meilleure. C’est à dire celle dans laquelle la sauce prend, et qu’il se passe quelque chose d’intéressant ! Cela tiens parfois à presque rien : un tempo particulier, une intention de jeu, une intonation particulière dans la voix du chanteur, etc… Le choix de la meilleure version d’une chanson est quelque chose de très subjectif !
 
Il peut arriver parfois qu’une prise soit quasi-parfaite, mais qu’elle soit gâchée par un roulement de batterie bancal, ou une note de guitare légèrement ratée…
Dans ce cas, pas de panique, il vous reste la solution de l’editing ! Rien ne vous empêche par exemple d’utiliser l’introduction de la prise n°2, le refrain de la prise n°6, et le solo de guitare de la prise n°1 !!!! La version finale de la chanson sera alors un montage réalisé à partir de plusieurs prises différentes.
 
Pour réaliser cette procédure dans REAPER, voici comment faire : créez un nouveau projet avec les différentes prises de la chanson. Selectionnez la première piste à monter, placez le curseur là où vous souhaitez couper, puis cliquez sur S. Faites de même sur la seconde piste. Pour assembler les deux prises, faites glisser les différents morceaux de piste les uns sur les autres, en veillant à les faire déborder légèrement de manière à créer un « cross-fade » (représenté par un motif en croix). Cette précaution rend le montage beaucoup plus naturel ! Faites des essais jusqu’à ce que le résultat vous convienne.
 
Je vous suggère cependant d’avoir recours à l’editing seulement en dernier recours, car à force de monter une chanson, on cours le risque de la dénaturer et de se retrouver avec une sorte de Frankeinstein dénué d’âme… De plus, gardez à l’esprit qu’à l’époque des pionniers, cette opération était compliquée : elle nécessitait de couper directement la bande magnétique avec une lame de rasoir, puis de la re-scother sur une autre… Autant dire que cette procédure était contraignante et plutôt hasardeuse !!!!
Donc, afin de rester fidèle à l’esprit de l’enregistrement « à l’ancienne », faites le moins possible d’editing.

 

Le processus d’editing d’une bande magnétique dans les années 60 : une opération périlleuse, réalisée avec une lame de rasoir !

 

2) LA BALANCE

Allez, ça y est, on attaque la phase de mixage à proprement parler !
La première étape va être de trouver un équilibre de volume entre les différentes pistes.
Pour ce faire, vous allez tout simplement appuyer sur la touche PLAY, écouter votre chanson, et régler les faders des pistes individuelles à la volée.
Vous allez devoir prendre des décisions rapides et instinctives !
Pour vous aider, fermez les yeux de temps en temps afin de ne pas vous laisser distraire par l’écran de votre ordinateur, et faites confiance exclusivement à vos oreilles.
 
Le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de baisser ce qui est trop fort plutôt que de monter ce qui vous parait trop faible.
Cela peut paraître assez contre-intuitif de prime abord, mais vous verrez qu’au final c’est la stratégie qui s’avère la plus payante ! Vous éviterez ainsi une course sans fin au volume, ce qui risquerait de se traduire par des pistes saturées et inutilisables…
Donc, si vous entendez que la batterie est trop forte par rapport à la guitare, baissez la piste de batterie plutôt que de monter celle de guitare !

 

L’ingénieur du son Eddie Kramer et Jimi Hendrix, en train de faire la balance d’un morceau.

 

3) LA PANORAMIQUE

Maintenant que votre chanson sonne de manière plus équilibrée, il est temps de lui donner un peu d’envergure !
C’est à ce moment qu’entre en scène les boutons de panoramique (panning), qui vont vous permettre de placer chaque piste dans l’espace stéréo.
Note : si vous avez décidé d’enclencher le bouton Mono en début de session, la panoramique est sans effet et vous pouvez donc directement sauter cette étape !

REAPER vous offre la possibilité de panner vos pistes individuelles avec une précision chirugicale. Ceci dit, gardez à l’esprit que dans les années 60, on était loin de disposer d’une telle technologie ! La plupart des boutons de panning de l’époque étaient en fait des sélecteurs à 3 positions : 100% à gauche, centre, 100% à droite.
Pour rester fidèle aux limitations de l’époque, restreignez-vous à seulement trois placements possibles.
 
A l’heure actuelle, on a tendance à systématiquement panner au centre les éléments importants d’une chanson (grosse caisse, caisse claire, basse, voix lead, solo de guitare, etc) et à panner sur les côtés les éléments plus secondaires (tambourin, orgue, guitare rythmique, choeurs, etc). Dans les années 60, au contraire, un vent de liberté soufflait et on n’avait pas peur d’expérimenter des choses totalement folles !!! Si vous écoutez certains morceaux de Jimi Hendrix, des Who ou des Doors, vous entendrez par exemple des batteries, des basses, voire des voix entièrement pannées sur le côté !!!
N’ayez donc pas peur d’essayer toutes sortes placements stéréo qui pourraient sembler farfelus par rapport aux standards actuel. 🙂

 

4) LA REVERB

Si vous avez suivi mes conseils de la 2ème partie de ce dossier, vous avez eu le bon goût d’enregistrer votre chanson dans un local ayant une acoustique flatteuse ! Votre enregistrement est donc déjà censé baigner dans une bonne ambiance naturelle.
Malgré tout, il est probable que vous ressentiez le besoin de donner davantage d’ampleur à certaines pistes. C’est là qu’entre en scène un effet indispensable : la reverb !
Grâce à elle, vous allez avoir la possibilité de simuler toutes sortes d’espaces acoustiques. C’est un effet particulièrement créatif !

Dans les années 60, on utilisait principalement trois sortes de reverb :
– Chambers : la reverbération naturelle d’une chambre d’echo. Très utilisée dans les studio Abbey Road et Motown.
– Plates : une réverbération artificielle générée par une plaque en métal. On l’entend sur presque tous les enregistrements 60’s/70’s.
– Springs : une réverbération artificielle générée par un système de ressorts. Elle sonne beaucoup plus suranée et 50’s que les autres réverb.

Pour ajouter de la reverb à une piste, cliquez sur le bouton FX et insérez le plug-in ReaVerb, déjà présent par défaut dans REAPER.
A présent, télécharger ce dossier, puis décompressez-le. Ces fichiers sont différentes reverb à convolution très réalistes que vous allez pouvoir utiliser à votre gré !
Cliquez sur le bouton « Add » de ReaVerb puis « File », et sélectionnez le dossier Reverb Impulses. Vous allez à présent pouvoir choisir la reverb de votre choix.
Faites des essais, en prenant bien soin d’ajuster à chaque fois le fader « Wet » de ReaVerb pour augmenter ou diminuer l’ambiance que vous voulez appliquer à votre piste.
Sachez qu’à l’époque, on était plutôt généreux en matière de reverb et qu’on hésitait pas à quasiment noyer les pistes !!!! Cela ne se fait plus du tout, mais justement, dans notre optique de sonner « daté », nous pouvons nous permettre d’avoir la main un peu lourde, surtout si on vise un son typé fin des années 50/ début des années 60. 🙂
Veillez simplement à conserver une certaine intelligibilité.

 

(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

 
Si vous trouvez que votre reverb prend trop de place ou sonne un peu trop metallique, il est possible de l’affiner en utilisant une EQ.
Cliquez sur « Add » puis « Filter » et Highpass sur 600Hz et Lowpass sur 10000Hz.
Faites maintenant glisser le module « Filter » pour qu’il soit avant le module « File » et le tour est joué !
C’est une technique très prisée par les ingénieurs du son des studios Abbey Road.
 

 
Il faut savoir que la reverb est un effet assez gourmand en RAM, et que si vous appliquez une reverb sur chaque piste, vous risquez de vous retrouver rapidement à court de mémoire…
Pour éviter cela, vous pouvez créer ce qu’on appelle un bus. Ajoutez une nouvelle piste vierge que vous nommerez « Reverb », et appliquez une instance de ReaVerb.
En cliquant ensuite sur le bouton I/O du bus, vous allez pouvoir « envoyer » cette reverb sur autant de pistes que vous le voulez et doser le niveau d’ambiance de chaque piste en manipulant les petits faders individuels !
C’est très pratique pour tout contrôler en un tour de main, tout en économisant les précieuses ressources de votre ordinateur.

 


 
Pour finir, sachez que l’ajout de reverb va surement perturber la balance de volume que vous aviez réalisé à l’étape 2. C’est tout à fait normal. Je vous recommande simplement de ré-écouter votre chanson et de faire une nouvelle balance à la volée!

 

5) LE DELAY

Intéressons-nous à présent à un autre effet vintage, typique du rock’n’roll et du rockabilly : le delay court, aussi connu sous le nom de slapback. Celui-ci consiste à donner de l’épaisseur à un son en le doublant. On entend l’entend très souvent sur la voix d’Elvis Presley ou de Jerry Lee Lewis dans leurs premiers enregistrements, mais le roi inconstesté du slapback reste quand même John Lennon!!!! Si vous voulez vous faire une idée de cet effet, écoutez sa voix sur « Instant Karma ». 🙂

Pour obtenir un slapback et donner un coup de vieux à vos pistes, c’est très simple : insérez tout simplement ReaDelay (plug-in natif de REAPER) sur une piste de chant, de guitare clean ou de batterie !
Réglez la longueur du delay sur 80ms, mettez le Feedback au minimum, enlevez un peu de fréquences aigues en baissant le filtre Lowpass puis dosez la quantité d’effet avec le fader Wet.


 
Si vous cherchez un effet un peu plus extrême vous pouvez aussi essayer le plug-in WatKat, mais attention, il est totalement fou et imprévisible. Je vous aurai prévenu !!!!

 

6) LA BOTTE SECRETE DE LA MOTOWN

Parfois, vous avez beau faire, mais une piste manque cruellement de personnalité ou a du mal à ressortir du mix…
Dans ce genre de situation, vous pouvez tenter d’utiliser la technique secrète que je m’apprête à vous révéler, qui a été créée par les ingénieurs du son de la prestigieuse maison de disque Motown (excusez du peu !).

Le principe est très simple : cliquez sur la piste problématique, puis dupliquez là en appuyant sur CTRL+C puis CTRL+V. Vous vous retrouvez avec deux pistes identiques. Sur la 2ème piste, vous allez mettre un effet de votre choix (compresseur, EQ, distortion…) que vous allez pousser dans ses derniers retranchements !!!! Oui oui, vous avez bien lu, vous allez donner une sonorité extrême et quasi-inaudible à cette piste (attention aux oreilles). A présent, baissez au minimum le fader de cette piste, puis remontez le TRES DOUCEMENT.
Et là, magie ! A un moment donné, la 1ère piste va se retrouver comme sublimée !!!!!!

Toute l’astuce de cette technique, c’est que la seconde piste ne sera jamais entendue comme telle. Elle viendra juste former une sorte d’aura subliminale autour de la première piste, et lui donner de la force et du caractère. C’est vraiment redoutable !!!! 🙂

Brian Wilson, le compositeur de génie des Beach Boys.

 

7) FINALISATION

A ce stade, votre chanson est quasiment prête ! Vous êtes satisfait de la balance, des panoramique, et des effets. Il reste pourtant encore une étape très importante pour donner une ultime touche de vernis vintage !
 
Comme dans la première partie de ce dossier, nous allons créer une chaine d’effets. Mais celle-ci sera placée non par sur une piste individuelle, mais sur le bus Master de REAPER, qui affecte l’ensemble des pistes.
Dans les années 60 et 70, une fois le mix fini, on l’envoyait vers une console master (généralement 2 pistes) qui elle même alimentait un magnétophone 2 pistes. Puis on expédiait cette bande master à une usine de pressage de disques vinyles.
Je vais vous expliquer comment reproduire cette chaine du son avec les moyens modernes !

Cliquez sur le bouton FX du bus Master.
Ajoutez le simulateur de console Code Red Free.
Placez à la suite de la console le compresseur Thrillseeker VBL (Variety Of Sound). Ce dernier va booster considérablement le volume général de sortie de votre chanson, et lui donner de la patate !
Ajoutez ensuite FerricTDS, réglé sur le preset « Classic Tape », qui va simuler la bande magnétique master.
Enfin, placez iZotope Vinyl. Ce plug-in vraiment incroyable va vous permettre de simuler toutes les caractéristiques physiques d’un disque vinyle !!!! Vous avez même la possibilité d’ajouter des craquements ou des petites rayures, pour plus d’authenticité.


 
Pour finir, il vous reste une dernière étape : sauvegarder votre chanson sous le format WAV ou MP3.
Mais là encore, vous n’allez pas le faire n’importe comment !
REAPER vous offre la possibilité « d’imprimer » votre chanson en temps réel : cela signifie que vous allez pouvoir modifier des choses sur le mix pendant que REAPER créé le fichier final !!!!
De nos jours, les ingénieurs du son rendent leur mix dynamique en se servant d’automations (il s’agit d’un système qui permet de programmer un bouton ou un fader pour qu’il bouge tout seul !). Par exemple, s’ils veulent créer un effet de fading à la fin d’une chanson, baisser le volume d’un instrument rythmique pendant le solo de guitare, ou faire en sorte qu’une voix passe de la gauche à la droite de l’espace stéréo, il leur suffit d’automatiser la piste.
Mais à l’époque, les automations n’existaient pas et tout cela se faisait à la main, et en direct !!!!!!!!!
Pour finir en beauté sur une touche authentique, vous allez donc cliquer sur le menu File et choisir l’option « Save live output to disk (bounce) ». Une fois l’enregistrement lancé, vous pourrez manipuler les faders et les boutons de panoramiques en temps réel, pour donner un côté vivant à votre mix !
Cela vous demandera sans doute plusieurs essais et un peu d’entrainement, mais le jeu en vaut largement la chandelle.

 

Phil Spector, l’un des maîtres de l’enregistrement « à l’ancienne » !

 

CONCLUSION

Voilà, ce dossier exceptionnel touche à sa fin. J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire ces articles que moi à les écrire !
 
Toutes ces techniques peuvent sembler archaïques comparées aux standards actuels, mais c’est avec de telles limitations que les Beatles, les Rolling Stones ou encore les Who ont réalisé des chefs d’oeuvres intemporels !!!! Ce n’est sans doute pas un hasard si autant de musiciens de la nouvelle génération cherchent à renouer avec l’authenticité du processus d’enregistrement.
 
Alors, tous à vos six-cordes et à vos logiciels, et surtout amusez-vous !
N’hésitez pas à m’envoyer vos créations : la meilleure chanson « façon années 60 » sera mise en écoute sur Riff Your Life ! 🙂

 
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