Initiation à la guitare blues (1ère partie)

Ah, le blues ! 🙂
Une musique qui a influencé des centaines – non, des milliers ! – d’artistes célèbres.
Agé de plus de 100 ans, ce style reste toujours d’actualité et continue chaque jour à être joué partout à travers le monde.

Pour un guitariste, savoir jouer une rythmique ou une improvisation blues fait partie des fondamentaux.
Pourtant, il y a encore beaucoup trop de débutants qui hésitent à se lancer, par manque de connaissance ou par peur de ne pas avoir le bon feeling…

Dans cet série d’articles surtout destinée aux néophytes, je vais vous donner toutes les pistes pour pouvoir vous lancer !
Bien sur, il serait présomptueux de prétendre résumer toutes les subtilités d’un style musical d’une telle richesse en quelques lignes, c’est pourquoi je me focaliserai uniquement aux fondamentaux. Juste de quoi appréhender sereinement la « musique bleue », et contribuer à faire vivre la légende 🙂

Aujourd’hui, nous allons commencer en douceur avec les rythmiques blues !

 
 

MAIS AVANT DE COMMENCER… UN PEU D’HISTOIRE !

 
Né à la fin du 19ème siècle dans les champs de coton du sud des USA, le blues était au départ un style vocal pratiqué par les esclaves afro-américains pendant leur labeur afin d’exprimer leurs états d’âme. Mais très rapidement, ces « worksongs » ont évolué vers un genre musical à part entière !
Dans les années 1920, le premier véritable courant du blues voit le jour. Il s’agit du Delta Blues, associé aux régions bordant le fleuve Mississippi.
Ce style, essentiellement acoustique, était exécuté sur des instruments faits-maison (comme les fameux « cigar box ») ou sur des guitares folk bradées dans les boutiques de prêteurs sur gages. La faible qualité de ces instruments a largement façonné la sonorité lo-fi toujours associé au blues !
Le Delta Blues est représenté par des artistes comme Charlie Patton, Son House et surtout Robert Johnson (le « King of the Delta Blues », qui aurait, selon la légende, conclu un pacte avec le diable à la croisée des chemins pour maîtriser la guitare !)
Ces musiciens n’avaient aucune formation classique, ils jouaient à l’instinct. Ils ont composé des morceaux dépouillés et lancinants qui parlaient de leurs croyances et de leur vie quotidienne. Leurs oeuvres ont façonné toute la mystique du blues, qui perdure encore de nos jours !

 

 

A partir des années 40, la popularité croissante des instruments amplifiés a favorisé l’apparition d’une version électrifiée du blues : le Chicago Blues, largement associé à Muddy Waters, B.B. King, Elmore James, Howlin’ Wolf…
La grande nouveauté, c’est que ces artistes jouaient en groupe, atteignant ainsi un volume sonore jusqu’alors inédit ! Ils appréciaient tout particulièrement les guitares électrique semi-hollow, comme la Gibson ES-335, moins sujette aux larsen que les modèles hollow body.
Ces pionniers ont donné naissance à la plupart des gimmicks qui continuent à être utilisés par les guitaristes, les batteurs et les harmonicistes de blues actuel !

Parallèlement, un autre courant à émergé dans le sud des Etats-Unis : le Texas Blues. Ce style, plus rapide et plus virtuose que les autres courants, représente la branche dure du blues et a exercé une influence énorme sur le rock’n’roll !
Le Texas Blues est représenté par des musiciens comme Blind Lemon Jefferson, Lightnin’ Hopkins, T-Bone Walker, Albert Collins, puis plus tard par Johnny Winter et Stevie Ray Vaughan.

A partir des années 60, le blues a commencé à se métisser avec d’autres styles musicaux, en particulier le rock anglais (Eric Clapton, Jeff Beck…), le psychédélisme (Jim Hendrix) et le hard-rock (Jimmy Page, Tony Iommi…).
De nos jours, le blues est partout, surtout là où on ne l’attend pas ! 🙂

 

 
 

LES ACCORDS DU BLUES

 
A présent, rentrons dans le vif du sujet !!!!

Traditionnellement, il y a 3 accords de base que l’on va pouvoir utiliser dans une rythmique blues. Il s’agit des 3 accords majeurs de la tonalité :
 

 

Note : par souci de simplicité, je me limite volontairement à la tonalité de E Maj. Bien entendu, il est possible de jouer du blues dans toutes les autres tonalités !! Dans ce cas, les 3 accords changent, comme on le vois dans le tableau suivant :
 

 

Attention, pour donner une couleur blues, on ne va pas jouer ces trois accords majeurs tels quels !
On va plutôt utiliser la forme de dominante septième (7) :


 

 
 
Pour un effet encore plus prononcé, à la limite du jazz, on peut également se servir d’accords de neuvième (9) :

 
 
 
Il est aussi possible d’utiliser des « d’accords de puissance » (intervalles de quinte). La couleur devient alors nettement plus rock…  Ces accords de quinte serviront néanmoins pour la rythmique shuffle, que nous allons voir tout à l’heure !


 
 
Pour finir, sachez qu’il est possible de jouer les 3 accords de base sous leur forme mineure. Cela a pour effet de donner une couleur beaucoup plus mélancolique, ce qui est parfait dans certains styles de blues lent.
Si on choisit cette approche, on utilisera volontiers en priorité la forme mineure septième (min7) :

 
 
 

RYTHMIQUE BLUES

 
Nous savons quels accords jouer, maintenant il s’agit de déterminer à quel rythme !!!!!

On dispose de plusieurs options :

 
– le binaire : ce rythme est plus proche du rock’n’roll que du blues traditionnel (Chuck Berry utilise ce rythme dans « Johnny B. Goode »), pourtant on l’entend dans quelques classiques du blues tels « Crosscut Saw » d’Albert King.
Ici, il s’agit de jouer les croches de manière lourde, régulière et répétitive.
Pour jouer une mesure complète en binaire, on compte :

UN – deux – TROIS – quatre – CINQ – six – SEPT – huit

On peut éventuellement renforcer ce type de rythme en étouffant légèrement les cordes avec la tranche de la main au niveau du chevalet (cette technique de jeu s’appelle le palm muting).

 
 
 
– le shuffle : aussi appelé « ternaire ». Ce rythme particulier est sans conteste LE rythme par excellence du blues !
Sur une partition, le rythme shuffle est indiqué par cette notation :

Pour l’exécuter, il s’agit de jouer les groupes de deux croches d’une manière particulière : on va les diviser en trois temps au lieu de deux temps (un peu comme dans une valse), mais on va omettre systématiquement de jouer le deuxième temps.
Pour jouer une mesure complète en shuffle, on compte :

UN – (deux) – trois – QUATRE – (cinq) – six – SEPT – (huit) – neuf – DIX – (onze) – douze

On a l’impression que la première croche traine légèrement par rapport à la seconde. Le mot « shuffle » signifie d’ailleurs « trainer des pieds » en anglais !
Cette technique donne un rythme sautillant caractéristique du blues.

 

Traditionnellement, on exécute le shuffle sur des intervalles de quinte joués d’une manière un peu particulière !  Toute l’astuce consiste à se servir de l’annulaire ou de l’auriculaire pour passer d’un accord de quinte à un accord de sixte, comme on le voit sur le schéma suivant :

 

Ce mouvement particulier s’appelle le « mouvement de Jimmy Reed » (du nom du bluesman qui l’a popularisé !) et est absolument fondamental dans le blues.

 

 

– le blues lent, ou 12/8 : Vous êtes dans un club de blues, tard dans la nuit, il ne reste plus que quelques clients au bar et les rares artistes encore sur scène partent dans d’interminables improvisations… Il est probable qu’ils jouent en 12/8 !

Pour jouer une mesure complète, on compte rapidement :

UN – deux – trois – QUATRE – cinq – six – SEPT – huit – neuf – DIX – onze – douze

Le comptage est rapide mais, paradoxalement, l’effet final est un ralentissement de la mesure ! Cela s’explique par le fait qu’une mesure en 12/8 comporte deux fois plus de temps qu’une mesure normale en 4/4.


Pour accentuer encore l’effet languissant du 12/8, il est recommandé de jouer le blues dans une tonalité mineure.

 
 

ENCHAINER LES ACCORDS

 
Maintenant qu’on connait les accords qu’on peut utiliser et à quel rythme on peut les jouer, il ne nous reste plus qu’à déterminer dans quel ordre les enchainer !
Rassurez vous, en matière de blues, c’est relativement simple : le blues est en effet un style de musique très prévisible sur le plan harmonique.

99% des morceaux du genre suivent la « grille blues sur 12 mesures » ci-dessous :
 

 

Exemple de « grille blues sur 12 mesures » jouée en shuffle :

 
 
Il est tout de même possible d’adapter cette grille, pour apporter un peu de variété. On peut par exemple la jouer sur 8 mesures au lieu de 12.

Voici ce que cela donne :

 

Exemple de « grille blues sur 8 mesures » jouée en shuffle :

 
 
Notez que dans toute grille blues, la dernière mesure s’appelle un « turnaround ». Cette mesure permet de relancer la machine, et de jouer la grille en boucle indéfiniment.
De nombreux bluesmen profitent de ce moment particulier pour glisser toutes sortes d’ornementations ! Le turnaround est un art à part entière, qu’il serait trop long de détailler ici.
 
 
Dans la seconde partie de cet article, je vous parlerai des gammes blues et des techniques d’improvisation !
 

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