Interview de Billy Miles Brooke

 

Peu connu dans nos contrées, Billy Miles Brooke est un rocker américain qui officie depuis le début des années 80.

Avec son groupe de glam-metal Tragic Romance, il a connu l’effervescence de la scène du Sunset Strip de Los Angeles et il aurait pu devenir aussi célèbre que Poison si le destin n’en avait pas décidé autrement.

Il délivre désormais un rock teinté de country, proche du son des Rolling Stones.

C’est avec un grand plaisir que j’ai pu interviewer ce musicien talentueux et attachant, qui en dépit d’une carrière en dents de scie continue à porter haut la flamme du rock’n’roll au 21ème siècle !

 

 

1) Salut Billy, merci d’avoir bien voulu te prêter à cet interview pour Riff Your Life! Quand as-tu commencé à écouter de la musique ? Pourrais-tu nous parler de tes premières influences ?

Quand j’étais gosse, je regardais le show hebdomadaire des Monkees à la TV. Ce sont eux qui m’ont donné envie de faire de la scène. Ils étaient très marrants et Davy Jones plaisait aux jolies filles, j’avais donc envie de l’imiter ! Puis les Jackson 5 ont débarqué, et j’ai été comme percuté par un camion ! « I Want You Back » me donne encore des frissons quand je la ré-écoute après toutes ces années. Pendant plusieurs années, je rêvais que j’étais Michael Jackson, j’apprenais tous ses pas de danse !
Quand j’ai eu douze ou treize ans, j’ai commencé à former des petites groupes avec les gamins du coin, je chantais des reprises des Monkees, des Beatles et d’Elton John.
Puis un jour dans un garage, j’ai entendu un poste transistor qui diffusait « Jumping Jack Flash », et ma vie en a été changée en un éclair!!! Le morceau avait déjà 7 ans, mais pour une raison inconnue, j’avais toujours été tenu à l’écart des « méchants » Rolling Stones par mes parents 🙂 Ce son sale m’a tellement plu que je suis devenu fan dans la minute. Je me suis complètement immergé dans leur univers, surtout la période des débuts (60s à 70’s). À ce jour, ils restent mes chouchous absolus. Les Stones sont pour moi le PLUS GRAND GROUPE DE ROCK JAMAIS CRÉÉ.

 

2) A quel moment la musique est devenue si importante pour toi que tu as décidé d’en faire ton métier ?

Avec mon premier groupe Billy & The Bangs, j’ai fait mon premier concert à la fête d’anniversaire d’un pote. Le fait de recevoir tous ces applaudissements à la fin du show, je me suis dit « ça, c’est ma vie! ». J’ai commencé à écrire mes premières compositions, très garage-rock. D’ailleurs, l’une d’elles est curieusement identique à « Ball and Chain » de Social Distortion (j’ai pourtant écrit ma chanson presque 12 ans avant la leur ! je ne sais pas s’ils ont entendu la mienne, mais c’est peu probable).
A la fin des années 70, j’ai sauté à pieds joints dans la vague punk qui venait de déferler. Je n’étais pas un grand fan des Sex Pistols, par contre j’aimais beaucoup Police, les Clash, ou les Boomtown Rats. Ces artistes m’ont incité à m’intéresser aux anciens artistes glam tels que David Bowie ou les New York Dolls. J’ai appris énormément de choses en étudiant la démarche artistique de ces groupes.
Vers mes 20 ans, j’ai formé le Gypsy Rose, qui est devenu l’un des groupes glam les plus en vue dans l’état du Nouveau Mexique !
J’avais découvert depuis peu Hanoi Rocks, qui était la synthèse de tout ce que j’aimais : un son brut, hérité des Stones et du punk, mélangé au look le plus glamour qu’on puisse imaginer ! Inutile de dire qu’ils ont été une énorme source d’inspiration pour moi.
Puis Mötley Crüe a débarqué avec son single « Too Fast For Love », et tout à coup je me suis retrouvé à la mode, avec mes gros cheveux et ma dégaine de glammeur !
C’est à ce moment là que j’ai décidé de déménager à Los Angeles, pour démarrer une carrière musicale sérieuse.

 

Billy finger lickin Gazarri's crop copy

Billy en pleine période « hair metal » !

 

3) Avec ton groupe Tragic Romance (dans lequel tu chantais), tu as fait partie de la scène désormais mythique du glam-metal 80’s de Los Angeles ! Pourrais-tu nous raconter quelques anecdotes de cette folle période ?

Je suis plutôt chanceux, car j’ai vécu tout cela de l’intérieur ! Le guitariste de Gypsy Rose avait dégotté un job de roadie à L.A. pour « Coco » (Matt Smith), le premier guitariste soliste de Poison. Il revenait de temps en temps à Alburquerque avec les histoires les plus incroyables, et il disait que nous devions tous venir nous installer à L.A. sans perdre une minute ! On a donc loué un gros van en mai 1985, on a mis toutes nos affaires dedans et on est parti à l’assaut d’Hollywood, laissant derrière nous nos jobs, familles et petites amies. Nous avons eu l’opportunité incroyable de nous installer dans la résidence du groupe Poison, en réalité un ensemble de bureaux abandonnés qui servaient de salle de répétition et de lieu de vie au groupe et à son entourage. C’est Bobbi Dall en personne qui nous a ouvert la porte, totalement nu (il sortait de la douche) ! Cela donnait le ton !
Ce fut vraiment fabuleux de pouvoir faire partie de cette scène incroyablement glamour, et de pouvoir assister aux premiers concerts de Guns N Roses, L.A. Guns ou Jetboy dans tous les clubs du Strip.
Un jour, j’ai obtenu un pass backstage pour un concert d’Aerosmith, et j’ai pu discuter avec Lars Ulrich, Paul Stanley et Gene Simmons (ces deux derniers avaient l’air de géants avec leur platform shoes)!!
A l’aube des années 90, mon nouveau groupe, Tragic Romance, a vraiment bossé dur pour devenir le nouveau grand groupe de Los Angeles. Nous répétions de manière intensive, et nous avons fait la première partie de groupes comme Jane’s Addiction, Warrant, Toad the Wet Sprocket ou encore mon héros de toujours Johnny Thunders !!
Ceci dit, nous avions décidé d’intégrer à notre son des éléments funky et psychédéliques inspirés de Sly & The Family Stone, Prince, The Doors et cela a pas mal dérouté une bonne partie du public glam…
Notre image était plus sombre que la moyenne. Nous avions également un côté plus intellectuel, avec des référence littéraires omniprésentes, qui constrastaient pas mal par rapport aux autres groupes de la ville qui ne parlaient que de filles et de faire la fête !

 

Tragic Romance
Tragic Romance (Billy est le deuxième en partant de la gauche)

 

4) Tragic Romance a malheureusement fini par splitter, malgré des débuts plus que prometteurs… Cela a t-il eu quelque chose à voir avec la vague grunge, qui a déferlé sur la planète et a rendu obsolète les groupe de hair metal ? Qu’as tu fait après le split de ton groupe ?

C’est la grande question, mais c’est surement un peu simpliste de rendre le grunge totalement responsable de notre échec.
Tout ce que je sais, c’est qu’à une époque nous étions vraiment TRES populaires. Nous recevions continuellement des coups de fil de Brian Slagel (Metal Blade Records) et Deb Rosner (attaché de presse de Poison), etc. Les A&R (représentants des maisons de disques) pensaient tous que nous étions le prochain groupe qui allait percer. C’était assez incroyable !
Nous avons même obtenu un deal avec Century Media, qui a sorti notre CD « Cancel The Future », et nous a organisé des showcases devant des gens comme Doug Thaler (manager de Motley Crue) et Penelope Spheeris (productrice de film).
Mais Century Media était un label spécialisé dans le metal extrême, et les fans du label n’ont pas vraiment adhéré à notre son…
Ils ont résilié notre contrat assez rapidement.
Les membres survivants de Tragic Romance ont formé un nouveau groupe : The Almighty Ultrasound, au son moderne, proche de Garbage. Je n’ai pas voulu faire partie de ce groupe.
Ils ont ouvert pour Kiss, Red Hot Chili Peppers et ont joué devant 60,000 personnes dans un festival au Texas. Mais au bout de quelques années, ce groupe a fini par splitter lui aussi et ils se sont tous rangés, ont fondé des familles.
Le plus incroyable dans cette histoire, c’est que Tragic Romance s’est reformé de manière inattendue il y a 2 ans, pour un concert unique au Whisky A Go Go (pour célébrer les 25 ans de l’existence du club). Ce fut une nuit fabuleuse et très émouvante !!!! De plus, le groupe a obtenu un nouveau contrat avec un label indépendant de Nashville, FnA Records, qui va ressortir nos anciennes chansons. On ne sait donc jamais ce que la vie nous réserve ! Si on m’avait dit que Tragic Romance rejouerait et aurait un contrat au 21ème siècle, je ne l’aurais jamais cru.

 

Tragic-Romance-reunion-2012-Whisky 25th anniversary
Reformation de Tragic Romance en 2012, pour les 25 ans du Whisky A Go Go.

 

5) Tu es connu comme chanteur et frontman, mais tu joues aussi de la guitare. Quand as tu commencé à jouer ?

Mon oncle, qui avait joué dans de nombreux groupes dans les années 60, m’a offert une basse pour mes 12 ans. Il m’a dit « personne ne veut être bassiste, donc si tu joues de la basse tu pourras rejoindre n’importe quel groupe et faire de nombreux concerts ». Bien sur, je ne l’ai pas écouté. Comme un idiot, j’ai échangé ma sublime basse Fender Music Master contre une Murph, une guitare minable dont le vendeur m’avait vanté les mérites ! J’ai mis des années avant de pouvoir en jouer. Cela m’a probablement pris le double du temps normal que j’aurais mis avec une guitare normale ! La Murph est vraiment une guitare épouvantable, que je ne recommanderais même pas à mon pire ennemi. Si un jour quelqu’un s’approche de vous avec une Murph, enfuyez vous en courant ! Ou mieux, éclatez la tronche de cet ennemi ! 🙂

 

 

6) Quels sont tes guitares favorites ? Celles que tu amènerais avec toi sur une île déserte ?

Je dirais une Murph, bien évidemment ! Mais non, je plaisante 🙂
Je suis un fan absolu des Les Paul, qu’elles soient faites par Gibson ou Epiphone. Ces guitarse me correspondent parfaitement, à tous les niveaux et me permettent toujours de trouver le son que je recherche.
J’apprécie aussi les Stratocasters (surtout dans mes phases Claptonniennes et Hendrixiennes !), mais je finis toujours par revenir aux bonnes vieilles Les Paul.
Côté amplis, j’ai toujours été trop paresseux pour m’occuper de régler des pédales d’effets… donc quand les ampli à modélisation Line 6 sont arrivés, ça a été le paradis pour moi ! Je possède un ampli Spider IV 150 très puissant, qui peut modéliser TOUS les modèles d’amplis existants. J’adore !

 

7) Tu as sorti un album solo intitulé « All Dressed… And Nowhere To Go », très influencé par les Stones et les New York Dolls. Pourrais-tu nous en dire davantage sur ce disque ?

Cet album regroupe des chansons que j’ai écrites sur plusieurs années. J’ai passé pas mal de temps à Nashville, et j’ai recruté une très bonne section rythmique sur place. Ces gars jouaient vraiment comme des dieux ! Nous n’avons eu besoin que d’une ou deux prises par chanson, car tout était en place. La cerise sur le gateau a été de pouvoir avoir Randy Leago, un excellent musicien de studio qui a joué des parties incroyables de piano, d’orgue et de saxophone sur l’album. C’était surréaliste de le voir trouver à chaque fois la bonne partition à jouer en seulement quelques minutes ! Pendant tout l’enregistrement de cet album, j’ai eu un sourire de gosse devant un sapin de Noël !
Je reçois encore régulièrement des chroniques positives de cet album.
D’ailleurs, si vous en voulez un exemplaire, écrivez-moi simplement sur : billymbrooke@gmail.com et je vous en enverrai un exemplaire pour juste les frais de port. J’ai des cartons entiers de CD à la maison !
Ce qui est génial, c’est que cet album m’a permis de me faire connaitre davantage, et de rencontrer des gens très cool un peu partout dans le monde, en particulier en France et en Allemagne. Je suis abasourdi de voir à quel point vous avez des fans de rock très pointus en Europe !

 

Billy Miles Brooke CD cover
album « All Dressed Up… And Nowhere To Go »

 

8) Quels sont tes projets musicaux actuels et futurs ?

J’ai écrit deux comédies musicales dernièrement, dont une aux accents country. Elles pourraient être jouées à Broadway, qui sait ? J’ai passé un mois à Berlin pour réunir une SUPERBE équipe qui pourrait jouer le spectacle, si je peux trouver un producteur. J’aime Berlin, c’est une ville dotée d’une superbe communauté rock’n’roll !
Je joue aussi de la guitare dans le meilleur groupe au monde d’hommage aux Cramps : The Teenage Werewolves.
J’ai également un projet avec une chanteuse très mignonne et un de mes anciens guitaristes à Las Vegas.
Je suis très très occupé en ce moment !

 

9) Pourrais-tu donner un conseil aux artistes débutants qui commencent à jouer de la guitare, ou qui voudraient monter un groupe ?

Si vous avez lu cet interview jusqu’au bout (ce qui équivaut à avoir couru un marathon !), qu’avez-vous appris ? NE SOYEZ PAS UN GUITARISTE DE PLUS, JOUEZ PLUTOT DE CETTE PUTAIN DE BASSE ! haha… Je plaisante, même si c’est vrai qu’un bassiste aura toujours beaucoup plus de facilités à faire carrière. Mais si, au fond de vos tripes, vous ressentez l’appel de la guitare, alors choisissez sans perdre de temps la meilleure guitare au monde : LA MURPH !!!!! Après 17 ans d’apprentissage, vous serez capable de jouer les 4 accords de « Smoke On The Water » ! Si vous arrivez à ce stade, revendez la Murph et achetez vous un vraie guitare. Vous aurez l’impression d’être Yngwie Malmsteen ! 🙂
Bon, soyons sérieux pour un moment : la clef, c’est le travail. Répétez, encore et toujours.

 

 

1966_Murph_12String
L’infâme « Murph » !

 

 

10) Tu as quartier libre pour dire le mot de la fin !

Merci Sylvain de m’avoir permis d’imposer mon autobiographie à tes pauvres lecteurs qui n’en demandaient pas tant ! Et surtout, merci de faire perdurer la flamme du rock’n’roll en France ! Tu me donnes envie de continuer !!

 

 

 

 

Liens :

https://www.facebook.com/Billymilesbrooke

https://www.facebook.com/TeenageWerewolves

http://fnarecords.net/index.php/hollywood-daze.html

http://fnarecords.net/index.php/dressed-up-and-nowhere-to-go.html

 

 

To read full-lenght interview in English, please click here.

 

 

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