Interview de Pamela Hüte

Pamela Hüte me fait l’honneur de répondre à quelques questions pour Riff Your Life !
Cette artiste branchée, élégante et sophistiquée est active dans le monde de la musique depuis 2006. Au cours de son remarquable parcours, elle a eu l’occasion – excusez du peu – de se produire à l’Olympia et de participer à des émission télé comme Taratata !
Auteur-compositrice-interprète multi-casquettes et multi-facettes, elle propose une power pop classieuse qui puise autant dans le rock indé des années 90 que dans l’electro le plus moderne.
Avec ses cheveux blonds coupés courts et ses lunettes qui la rendent immédiatement reconnaissable, Pamela Hüte a tout pour devenir une icône féminine de la scène musicale !
Son interview est une mine d’informations pour quiconque s’intéresse à l’univers des musiques actuelles.

 
 
1) Bonjour Pamela, merci d’avoir accepté de répondre à cette interview ! Tu es active dans le monde de la musique depuis 2006, chapeau pour te tenacité ! Peux-tu nous raconter tes débuts ? Qu’est ce qui t’as motivé à te lancer de manière pro dans la musique ? Quelles ont été tes influences ?

Merci à toi ! J’ai toujours voulu écrire des chansons, et ce depuis que j’ai 12 ans. Je ne sais pas exactement pourquoi. Je pense que c’était simplement le besoin d’exprimer quelque chose et c’est à travers la musique que je me sentais le plus à l’aise.
En faire un métier n’était pas un objectif en soi, mais j’ai juste voulu me donner toutes les chances d’arriver à réaliser mon rêve. Alors j’y ai mis beaucoup d’énergie et de volonté.
J’ai eu un groupe ado, au lycée, j’écrivais déjà les chansons, et puis tout s’est un peu figé après le bac. J’ai fait des études de lettres, puis je suis rentrée à Sciences Po et c’est à cette occasion, lors d’un stage hors les murs, que la musique m’a rattrapée. J’ai recommencé à écrire et le projet tel qu’il existe aujourd’hui est né. Je pouvais tout faire toute seule avec un ordi, donc c’était très pratique, et j’ai été prolifique en 2004-2005.
J’ai ensuite fait des rencontres, et j’ai monté le set live avec un premier groupe. Je pense que le premier concert était en 2006, en effet, tu as bonne mémoire. Le line up a eu plusieurs formes, avant de se fixer sur un trio, le temps du premier et deuxième album. J’ai eu le chance de signer assez tôt sur un gros label, et d’apprendre vite grâce à eux. C’était une très belle aventure. Mais pour le 3e, j’ai changé de line up et d’envies, je n’ai plus de clavier, mais une bassiste, Eva, et un guitariste, Pierre,, en plus du batteur, Ernest, et de moi-même, à la guitare et au chant.
J’ai sorti ce 3e opus sur mon propre label et c’est une toute nouvelle aventure qui commence.

 
2) En 2008, tu as signé sur le label Tôt ou Tard. Signer un contrat avec une maison de disque, c’est un peu un rêve pour de nombreux artistes !!! Comment en es tu arrivée à cette consécration ?

C’était un enchaînement de bonnes circonstances. Un ami avait parlé de moi à Vincent Frerebeau (DG de Tôt Ou Tard), ce dernier a écouté mes titres, il a aimé, et il cherchait justement des artistes à signer. Bon timing. Le projet commençait à buzzer vaguement, il m’a contacté, on a pris rendez-vous, il m’a fait une proposition, et voilà. Je n’ai jamais eu aucun rdz vous avec d’autres labels, c’était vraiment très naturel. C’est aussi pour cette raison que je ne me suis pas posée trop de questions, je ne regrette pas du tout.

 

 

3) Tu as participé aux émission Envoyé Spécial et Taratata. Racontes-nous tes expériences télévisuelles ! Ca se passe comment, l’envers du décors ?

Envoyé Spécial était aussi un coup de chance, puisque je me suis retrouvée dans les bureaux de Tôt ou Tard alors que l’équipe du tournage questionnait Vincent sur la loi Hadopi. Du coup, le journaliste m’a questionnée puisque j’étais là, il a aimé mon intervention, et il a décidé de faire une partie du sujet sur moi. On parle souvent beaucoup avec les journalistes, mais à la fin le montage laisse peu de place à la nuance, du coup les propos sont déformés. C’est dommage. Mais c’était ma première apparition TV, et même si je suis passée pour une pro Hadopi de base, alors que mon avis était bien plus nuancé, c’était une chouette expérience.
Quant à Taratata, c’était un rêve de gosse ! C’est hyper bien organisé, j’avais le trac, mais tout est fait pour mettre l’artiste en valeur, alors on se sent bien. Nagui enchaînait les interviews, il est hyper pro et connaît hyper bien ses sujets, les artistes et leur parcours. On était tous très heureux, j’en ai vraiment profité et je crois qu’on a livré une performance plutôt correcte !

 

4) J’ai lu dans ta bio que tu as eu la chance de te produire à l’Olympia ! Cette salle est absolument mythique, c’est un véritable consécration pour tout artiste de pouvoir s’y produire ! Que gardes-tu de cette formidable expérience ?

C’était en première partie de Shaka Ponk qui était sur la même label, et oui, c’est sûr, c’était magique ! Les coulisses, l’ambiance… La salle a une jauge très humaine, c’est hyper agréable. Et puis c’était confortable parce que le public de Shaka est super sympa, donc on avait les gens avec nous dès le premier morceau. Cela faisait aussi partie de mes rêves, c’est vrai… j’aimerais bien y retourner, en tête d’affiche peut-être cette fois…? Un jour peut-être? Qui sait !

 

 

5) Tu a collaboré avec deux producteurs américains, et pas des moindres ! John Agnello (Cyndi Lauper, Breeders, Sonic Youth, Dinosaur Jr), puis Jay Pellicci (Sleater Kinney, Avi Buffalo, The Dodos). Comment as tu pris contact avec ces professionnels ? Comment se sont déroulés les séances d’enregistrement avec eux ?

John Agnello n’a fait que mixer le 2e album donc c’était à distance, il n’a pas produit. Il a apporté la solution à un disque qui avait du mal à se terminer. C’était très bien de travailler avec un tel pro. Il est rapide, inventif, et il a vraiment apporté une touche rock au disque, un son très new yorkais.
En ce qui concerne Jay Pellicci, c’était un autre processus puisqu’on a travaillé en amont sur les preprods, il est venu enregistrer avec nous en France et je suis allée mixer dans son studio à San Francisco. Tout avait été très bien préparé, on a enregistré en 10 jours dans une grande maison dans le sud de la France (où j’enregistre tous mes disques) et le mix s’est passé 1 mois après chez lui. C’était un voyage, de part et d’autre, et je pense que ça a influencé l’album. Lui est venu en France, enchanté, enregistrer un groupe, et moi je suis partie là-bas, seule, pour y mettre la touche finale du mix et du mastering, dans une sorte de quête initiatique douloureuse mais libératrice. Jay est très pro aussi, il a une culture indé très pointue, et il a vraiment façonné le son d’une façon originale. Le disque est plus pop que le précédent, parce qu’il y a mis plus de douceur et moins de guitares que John sur Bandit. Je l’ai laissé faire; je pense que c’est le jeu du travail avec le producteur, il faut lâcher prise. On a gardé contact depuis, il est revenu en France cet été, on est allé boire des verres, c’est chouette. Je le recommande régulièrement à des groupes pour mixer, il travaille vraiment bien.

 

6) Quel est le meilleur souvenir de ta carrière ? Et le pire ? 🙂

Difficile à dire. Je n’ai pas de pire souvenir, tout s’est passé sans gros heurts. Evidemment il y a des difficultés, surtout quand on essaie de tenir sur la longueur, mais c’est le jeu je crois.
Le meilleur est sans doute Taratata. On était rodés, mais excités, on venait de signer, tout le groupe était ému. C’était un beau moment pour nous tous, excitant et unique, et on en a vraiment profité.

 
7) Peux-tu nous expliquer ton processus de composition ? Quelles sont tes recettes secrètes pour donner naissance à tes petits bijoux de pop indé ?

La recette n’est sans doute pas très secrète, car je crois que beaucoup d’artistes fonctionnent comme ça…mais bon 🙂 En gros j’appuie sur record, et j’improvise guitare voix, en yahourt ! Parfois pendant des heures. Ensuite je découpe les parties qui me plaisent, je construis autour et je fixe un texte. Je lance des pistes mélodiques, et quand ça ressemble à une chanson, je l’apprends et je l’interprète. C’est un peu comme si je me dédoublais. Il y a un mouvement instinctif, sans filtre, puis ensuite je dois prendre possession de ce mouvement instinctif et l’incarner. En général cela marche dans ce sens. Parfois cela tourne autour d’un gimmick ou d’un mot. Parfois d’un son ou d’un rythme. Mais c’est plus rare.

 

 

8) Il se murmure que tu es un grande fan des guitares vintage ! Combien en possèdes-tu, et quels sont tes modèles de prédilection ?

Vaste sujet ! C’est vrai que j’aime bien les vieilleries. J’ai eu quelques guitares Hofner, mais j’ai tout vendu parce que ce ne sont pas des guitares hyper fiables ou polyvalentes, même si elle ont un son et un look d’enfer. Aujourd’hui j’ai 2 Fender Mustangs, une de 65 et l’autre de 73 que j’utilise sur scène. J’ai aussi une Epiphone Casino de 64, une Musicmaster de 61, une Telecaster de 81 et une Precision de 82 ou 83… Je n’ai pas la collectionnite même si on dirait bien. Cela fait longtemps que je n’ai rien acheté, je me sers tout le temps de ces instruments en studio, ces guitares ont chacune leur spécificités. J’ai l’impression d’avoir trouvé mon bonheur. Je lorgne sur une Jazzmaster depuis quelques années, mais bon, je ne suis pas passée à l’acte, je crois que je suis comblée en fait…

 
9) En 2016, tu as créé le label indépendant My Dear Recordings. Pourquoi avoir décidé de monté ton propre label ? Quels avantages en retires-tu ? Et quels sont tes critères de sélection pour signer d’autres artistes ?

Le label a été créé l’été dernier. Cela faisait longtemps que j’avais ce projet en tête, mais je n’arrivais pas à me lancer. J’ai rencontré Julien Le Nagard, qui est également musicien, et c’était une espèce d’évidence. Il fallait qu’on monte ça ensemble pour sortir nos disques, développer nos projets, soutenir nos amis. Nous étions tous les deux arrivés aux mêmes conclusions et avions les mêmes envies.
Une fois que c’était décidé, c’est allé assez vite : dépôt des statuts, signature avec le distributeur Kuroneko, et voilà. Dans la foulée, on signait My Thinking Face, que j’avais découverts sur le net, Showstar, qui sont des amis de toujours, nos propres projets, Why Elephant pour Julien et mon projet, et on sortait nos premières K7.
En ce qui concerne les critères, c’est vraiment en fonction de la cohérence artistique, mais aussi de l’autonomie des artistes. On aime travailler avec des artistes qui ont leur vision, leurs envies, leur réseau, et on les aide à se structurer, et éviter certains écueils. On aime les artistes-entrepreneurs.
C’est justement parce que c’est difficile qu’il faut entreprendre. Je n’ai plus de label, et pourtant cela fait dix ans que je suis dans les parages. J’ai envie de me donner les moyens de continuer, et surtout, de partager mon expérience avec d’autres. J’ai beaucoup appris lorsque j’étais signée chez Tôt Ou Tard, mais une maison de disques de ce genre constitue quand même un cocon assez déresponsabilisant pour l’artiste. Aujourd’hui, je crois que l’artiste doit être entrepreneur, et maître de ses choix et de son destin.
Les artistes qui marchent et qu’on voit à la télé ne sont pas représentatifs de la diversité, de l’émulation culturelle indépendante. Il y a un besoin et un désir d’interagir avec cette autre culture, à la fois chez les artistes, mais aussi du côté du public. Les gens ont envie de faire des découvertes. Mais il faut leur expliquer, les guider. Il y a une multitude d’associations qui font ça. C’est une démarche pérenne et intelligente, c’est du vrai développement et du vrai travail de programmation. C’est comme s’il y avait une culture à deux vitesses. Celle des médias, qui prend et qui jette, et l’autre qui construit sur le long terme. J’ai fait mon choix.
Je ne crois pas aux coups marketing. Je crois à la durée. Il faut apprendre, progresser et emmener les gens dans cette construction et cette histoire. C’est un peu notre philosophie avec My Dear Recordings.
D’un point de vue économique aussi, c’est bien plus intéressant de fonctionner de cette façon. Tout ce qu’on gagne, on le réinvestit dans le label et dans nos projets. Et comme entre le label et nous il n’y presque pas d’intermédiaire… On remet du sens dans le processus créatif. Vendre des disques nous permet d’en faire d’autres. C’est simple, mais réel, et c’est un modèle absolument imparable !

 

 

10) Que penses-tu de l’état de l’industrie musicale ? Voire du monde en général (les deux étant plus ou moins liés, à mon humble avis…)

J’ai un peu répondu à cette question juste avant. Il y a un réel déséquilibre entre le réseau culturel subventionné et la réalité, surtout en France. Je pense que le public est demandeur de choix, de qualité et d’alternatives. A Paris on a de la chance parce qu’il y a des lieux et des initiatives souterraines qui parviennent à obtenir un peu de visibilité, mais le marché en France reste compliqué et très figé. Je commence à me rapprocher du marché Allemand, parce que je bosse avec une manageuse allemande et je pars en tournée là-bas en octobre. On voit que le système est différent. Il y a un réseau de salles et de clubs accessibles à des groupes indés, qui fonctionne bien, relayé par des promoteurs, un peu comme en Angleterre, ce qui permet un plus grand dynamisme culturel. Un petit groupe peut tourner en Allemagne et gagner sa vie, les structures sont plus souples.
D’autre part, je me suis rapprochée depuis quelque temps de la GAM et de son pendant international, l’IAO, dont le but est justement de faire avancer la cause des artistes et replacer leur voix au centre des débats qui les concernent. Je me refuse au défaitisme. Je pense que je fais partie d’une génération un peu spéciale qu’on appelle parfois les xennials, qui a connu la K7, le CD mais aussi la révolution internet et les bouleversements que cela a impliqué. De fait, nous avons une vision particulière de l’évolution de l’industrie. On maîtrise totalement les problématiques de ces changements, tout en ayant connu l’avant. On sait manipuler les réseaux sociaux, tout en ayant l’intuition de leurs dangers, ce qui n’est pas le cas des plus jeunes qui sont nés dedans. C’est une force et une vraie singularité de notre génération. Je pense qu’on doit impérativement faire bouger les choses. Et nous sommes les seuls à pouvoir le faire avec discernement. J’adore l’idée du streaming, c’est magique, mais la répartition pour les artistes est minable à cause des contrats has been proposés par les labels, et des plateformes qui ne sont pas transparentes. Ce genre de chose doit évoluer, et on doit se prendre en main. Je pense qu’il y a quand même un mouvement vers plus de raison même si cela sera une bataille de longue haleine.

 


11) Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune groupe qui débute, en 2017 ? Quelles sont à ton avis les plus grosses difficultés à surmonter à l’heure actuelle?

Je trouve ça formidable de monter un groupe, ou un projet musical, si on a des choses à dire et l’envie d’en découdre sur une scène. Cela doit rester vital et instinctif. En revanche, si on veut en faire son métier, il faut savoir que c’est un long chemin. Cela demande beaucoup d’énergie, de compétences, d’abnégation, et de volonté. Il y a beaucoup de déconvenues, de déceptions, de ruptures aussi. Les medias prennent et jettent. On ne te laisse pas vraiment de 2e chance si ça ne cartonne pas tout de suite. Il faut le savoir. En ce qui me concerne, j’ai dépassé tout ça, mais cela n’a pas été facile. Cela peut être très dur à vivre quand on n’y est pas préparé et qu’on est mal entouré.

 
12) Le monde bouge, mais tu restes toujours la même et ça force le respect ! Quel est le secret de ta longévité ? Te vois-tu encore continuer à vivre de la musique pendant de nombreuses années ?

J’espère. Aujourd’hui j’ai un rapport sans pression à la musique. Je n’en vis pas, mais du coup je suis libérée de cet aspect pécuniaire. Je fais tout avec sincérité et passion, et j’ai retrouvé la foi en ma valeur en tant qu’artiste. Mon label m’occupe aussi beaucoup, et travailler avec d’autres est un grand plaisir. Tant que j’aurais des chansons à écrire je les écrirai. J’ai un nouveau groupe aussi depuis ce 3e disque, cela change les perspectives, les envies, je retrouve de la fraicheur dans le travail. Donc oui, je crois qu’il va falloir me supporter encore longtemps. Je ne suis pas du genre à abandonner à la première ou énième difficulté ! Vraiment pas !

 
13) Tu as carte blanche pour le mot de la fin !

Vive riff your life ! Merci pour ton temps et merci de me suivre depuis si longtemps!

 
Pamela Hüte
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