Interview de Judge Fredd

C’est une figure du monde de la guitare qui accorde aujourd’hui à Riff Your Life le privilège d’une interview !!
Depuis déjà plus de 20 ans, Judge Fredd dispense amoureusement ses conseils et ses chroniques matos dans bon nombre de magazines (Guitare & Claviers, Guitare Xtreme…).
On lui doit tous forcément quelque chose à un moment donné ou à un autre de notre parcours guitaristique 🙂

Nul doute, donc, que son interview sera riche en enseignements !

 
1) Salut Judge Fredd, merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à cette interview ! Tu es actif dans le monde de la guitare depuis de nombreuses années et bien connu de l’ensemble de la communauté guitaristique ! Pourtant, on sait finalement peu de choses sur toi… Peux-tu nous expliquer ton parcours musical?

Il n’y a pourtant rien de secret 😉 . J’ai commencé par les claviers, puis je me suis mis à la basse, puis à la guitare vers 1982. En 1984, nous avons fondé Studs avec Gilles Chevalier et Arnaud Giroux, power trio avec lequel nous avons sévi jusqu’à l’orée des années 2000. Le groupe a servi de backing band à plusieurs artistes de la scène blues/rock, à cheval sur les années 80 et 90 (Jean-Jacques Milteau, Mauro Serri, Vincent Absil) puis nous nous sommes retrouvés dans l’aventure Daran et les Chaises de 94 à 97 environ, ce qui nous a fait en plus participer à un des disques de Jane Birkin. En 1991, j’ai aussi été engagé par Guy Dupont comme testeur dans Guitare & Claviers, point de départ d’une longue série d’essais, de salons et d’interviews qui continuent aujourd’hui avec Guitare Xtreme. Par ailleurs, seul et avec les Chaises j’ai commis un certain nombre de vidéos et de CD pédagogiques. Au début des années 2000 j’ai fait un break total avec la guitare et la musique en général et ne pensais pas y revenir. Par divers concours de circonstances, j’y suis quand même revenu fin 2006 et après avoir tâtonné pendant quelques années nous avons fondé Cour Supreme, groupe dans lequel j’officie toujours aujourd’hui et avec lequel nous préparons notre 3e album.

 
2) Quels sont les artistes qui t’ont le plus influencé ?

Si on parle de guitare, Billy Gibbons, Johnny Winter, John Fogerty, Rickey Medlocke et les deux duos de guitaristes de Point Blank et de 38 Special sont mes plus grosses influences. D’autres m’ont aussi beaucoup apporté comme Ty Tabor de King’s X. Si on élargit à la musique, j’ai aussi beaucoup aimé Jon Lord pour ses sons d’orgue surperbes, Keith Emmerson pour sa virtuosité hors norme, la section rythmique Glover/Paice qui était extrêmement moderne pour l’époque, Queen parce que c’est juste à tomber, AC/DC bien sûr mais globalement tout ce que j’ai écouté étant môme de Canned Heat à Blue Oyster Cult en passant par Led Zep, Lynyrd, Pat Travers, Black Sabbath, Nugent, etc.

 
3) Tu es réputé pour tes cours et tes tests matos éclairés ! Comment en es-tu arrivé à prodiguer tes précieux conseils aux autres guitaristes ? Es-tu passé par une formation de journaliste ?

Pour le côté pédago et écriture, mon premier métier a été instituteur, ce qui m’a bien aidé pour structurer et rédiger mes articles, mais je n’ai pas fait de formation journalistique non. Le point de départ de mon intérêt pour le matos est tout bête. Je me suis dit : « Bien jouer, ça va te prendre un certain temps, tu ne sais même pas combien de temps d’ailleurs, mais bien sonner tu peux sûrement y arriver beaucoup plus vite. » Du coup, je me suis intéressé au matériel, à ce qui influait sur le son, de quelle manière, à ce qu’il fallait éviter etc. J’ai eu aussi la chance de rencontrer des gens bienveillants comme Nicolas Petitbon, Gérard Grossetête, Fred de VHM auprès de qui j’ai énormément appris, sans parler d’autres musiciens avec lesquels j’ai toujours aimé échanger sur le matos. J’ai aussi beaucoup lu de bouquins de référence ricains comme celui d’Aspen Pitman sur les lampes par ex. Et j’ai continué à apprendre tout en écrivant car je crois que ma force dans ce travail a toujours été de ne pas me croire arrivé et de ne surtout pas me prendre pour un spécialiste. J’ai toujours eu une approche de musicien lambda et je pense que c’est aussi ce qui plaît aux gens qui me lisent : je ne leur parle pas depuis un quelconque piédestal.

 
4) Je garde un souvenir ému de Guitar Method, petite revue artisanale de la fin années 90 que j’achetais en kiosque à chaque parution et dont j’ai conservé religieusement tous les numéros ! Que gardes-tu de ton expérience au sein de ce magazine ?

Disons que cette revue avait le mérite d’exister mais que malheureusement elle manquait un peu de moyens, donc on n’a pas pu la faire évoluer énormément car ce serait revenu trop cher. C’est dommage car les intervenants étaient de bon niveau.
 

 
5) Quels sont tes guitares, micros, amplis et effets de prédilection ?

Tous ceux qui me connaissent savent que j’ai deux types de guitares de prédilection, les Explorer et apparentées et les double cut. Ce sont les deux types de guitares sur lesquelles je me sens chez moi. Pour les micros, je suis plus humbuckers en général des dérivés du PAF plus ou moins surbobinés, mais j’aime aussi les mini humbuckers et les TV Jones. J’ai la chance d’avoir pu développer des micros spécifiques avec SP Custom, le Judgebucker qui rencontre un certain succès et les Bucker T qui sont aussi performants en double que splittés. Sinon j’apprécie aussi d’autres fabricants comme Joce Dominger, Kami ou Van Zandt et bien sûr Seymour Duncan.
De la même façon, je ne joue qu’avec des amplis développés en collaboration que ce soit ma Marshall JCM 800 qu’on a complètement customisée il y a plus de 20 ans avec Fred de VHM ou la toute récente Tête 50W Lawgiver qu’on a développée from scratch avec Fredamp. J’ai aussi un combo 50W JCM 800 Custom VHM. Récemment j’ai aussi joué pendant deux ou trois ans avec une tête Carvin V3M que je trouvais très intéressante pour les clubs, mais je l’ai revendue car les temps sont durs 😉 . Côté HP, je suis un fan du Vintage 30 parce que ça me correspond. Bon, en gros, je suis plutôt « gros son british oriented ».
Les effets que j’aime sont le delay court pour doubler mon son, certaines fuzz comme la Sub Machine ou la Nitrogen 21 Color que nous avons développée avec JMB Experience, encore un artisan français de talent. Je suis d’ailleurs très fier de la carrière du Riff Shooter, overdrive que nous avons conçu ensemble et notamment de sa nouvelle mouture le Riff Shooter Gold qui pousse le concept un poil plus loin, ainsi que de la MFN qui j’ai en permanence sur mon pedalboard. Sinon la Rotovibe (sorte de mix entre Leslie, phaser et univibe) m’accompagne depuis des années et je suis un grand fan du tremolo.

 
6) Selon toi, quels seraient les matos les plus innovants ou les plus intéressants de ces dernières années ? Que recommanderais-tu aux lecteurs de Riff Your Life de se procurer en priorité ? On veut du scoop !!

Il y a énormément de matériel qui sort chaque année. Il y a eu une grosse avancée ces dernières années avec les Kemper, Axe FX et consorts mais c’est une tendance lourde qui a commencé dans les années 80 avec l’arrivée du numérique. On finira forcément par jouer sur du matos virtuel c’est le sens du vent. En priorité je ne sais pas, mais achetez-vous une guitare sur laquelle vous vous sentez bien quel que soit sa forme et le nom qu’il y a sur la tête et ne cherchez pas forcément à acheter du neuf, le marché de l’occase est devenu énorme et très intéressant.
Sinon, je citerai quand même les déflecteurs Hoovi Deeflexx qui permettent de diffuser le son harmonieusement sur la scène, comme outils innovants qui te réconcilient avec les ingés sons en live.

 
7) Du haut de ta vaste expérience, comment vois-tu le monde de la musique actuelle ? Comment les choses ont elles évoluées ? Est-ce que c’était mieux avant, ou pas ?

Je ne surprendrai personne en disant que le monde de la musique est plus éclaté que jamais, que la numérisation et l’internet ont complètement changé la donne, tout le monde peut le constater. Avant c’était mieux et pas mieux. C’était certainement plus simple pour celui qui souhaitait devenir musicien de s’y retrouver, de savoir à quelles portes frapper comment orienter sa carrière, même si ça ne garantissait pas d’y arriver. Maintenant, ça foisonne de partout, il est difficile d’établir une stratégie. Mais à côté de cela, les occasions et les canaux pour se faire connaître fourmillent, l’apprentissage aussi est beaucoup plus facile : aujourd’hui avec YouTube tu peux quasiment apprendre à jouer seul. Il est également beaucoup plus facile de produire sa musique avec une qualité professionnelle qu’avant où le passage par un studio était obligatoire. Le revers de la médaille c’est qu’il est beaucoup plus difficile aujourd’hui de vivre de sa musique alors que dans le même temps, le musicien produit beaucoup plus d’efforts qui n’ont rien à voir avec la composition (réseaux sociaux, marketing, production etc.). Je trouve d’ailleurs indécent le comportement des gros réseaux (Apple, Spotify, Deezer, Amazon etc.) en matière de rétribution des artistes que ce soit sur les ventes ou le streaming. Avec Cour Supreme on a choisi de ne pas y être pour l’instant.

 
8) Quels conseils donnerais-tu à un jeune guitariste qui débute en 2017 ? Que faut-il travailler en priorité pour progresser rapidement à la guitare ?

Le conseil numéro un reste toujours le même : jouer en groupe dès que possible et aussi souvent que possible. Et sinon prendre plaisir à jouer. Si ça devient une corvée ou un boulot, arrêtez.

 

 
9) Je viens d’écouter la vidéo de ton nouveau groupe «Cour Supreme» ! C’est très 70’s, ça envoie grave du pâté 🙂 Quels sont tes projets avec ce groupe (albums, tournées) ?

Merci c’est gentil, je précise quand même pour ceux qui ne nous connaissent pas que si Cour Supreme est bien sûr très influencé par les groupes de 70’s car c’était notre adolescence, on ne cherche pas du tout à sonner comme eux et on n’est pas non plus coincé dans ces années-là. Nous sommes en train d’enregistrer notre 3e album. Cela prend du temps parce que nous avons décidé de monter d’un cran par rapport aux deux précédents, de rentrer plus dans le détail et de peaufiner, les parties, les paroles, le son, tout quoi. Big Zulu, dont tu parles, est le premier titre, nous devrions en sortir encore deux cet automne avec un clip sur l’un des deux, puis deux pendant l’hiver avec un clip aussi. Si tout va bien, nous devrions être en mesure de sortir l’album au premier semestre 2018. Côté concerts on avait un peu marqué le pas en 2017 pour se consacrer aux compos, on devrait reprendre tranquillement en 2018 aussi. On sera le 7 octobre au Barde Atomique à Equevilly avec deux de nos potes aussi talentueux que fidèles en amitié.

 
10) Tu as carte blanche pour dire le mot de la fin !

Je vais me répéter mais prenez du plaisir, éclatez-vous, faites la musique dont vous rêvez et non pas celle que vous pensez devoir faire pour plaire. Et sur ce, je vous salue bien…

 

 
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